La production au plus juste à l’âge du numérique

lundi 23 juillet 2018 Rob Bodor

Le concept de production au plus juste est la pierre angulaire d’une gestion efficace de la fabrication depuis plusieurs décennies, mais c’est l’arrivée de la fabrication numérique qui la catapulte réellement à un tout autre niveau. La numérisation des processus tout au long de la chaîne logistique de fabrication, dès la conception et le développement du produit, pilote la prochaine révolution industrielle, souvent surnommée Industrie 4.0.

Une conception tenant compte de l’efficacité de production réduit les coûts de développement et les délais de mise sur le marché.

Analyse d'un fichier CAD
Concevoir en pensant à la manufacturabilité réduira les coûts de développement et les délais de mise sur le marché.

La création d’une chaîne logistique numérique – plus résistante aux risques du marché et répondant mieux aux chances offertes – est essentielle pour rester compétitif, mais aussi pour améliorer l’efficacité opérationnelle. De nombreuses entreprises se sont déjà engagées dans cette voie : parmi plus de 2 000 sociétés industrielles, un tiers ont déjà numérisé leurs chaînes d’approvisionnement et près de trois quarts d’entre elles vont le faire d’ici à 2020, selon une récente enquête menée par PwC. Les bénéfices enregistrés proviennent entre autres d’un écosystème de chaîne logistique connecté, intelligent et extrêmement efficace, qui apporte une croissance des revenus et une meilleure profitabilité.

L’atténuation des risques par la numérisation de l’interface utilisateur

La chaîne logistique de fabrication commence réellement pendant la phase de développement du produit. Concevoir un produit en gardant en tête la faisabilité de fabrication, mais aussi les coûts totaux de production apporte des gains économiques tout au long de la chaîne logistique. Par exemple, si vous concevez un produit difficile à fabriquer économiquement, cela augmentera certainement son coût, donc aura une influence négative sur la demande et donc sur l’acceptation du marché. Connaître la faisabilité de fabrication de votre pièce pendant la phase de prototypage, et comprendre les coûts éventuels de production auprès des fournisseurs choisis peut éviter des développements improductifs et aider à atteindre plus rapidement les objectifs de coûts de production.

C’est pourquoi les entreprises s’efforcent de tester des prototypes en parallèle pour déterminer l’option la plus viable parmi différentes approches de conception, aussi bien en termes de fonctionnalité que de coûts de production. Le développement itératif et le prototypage rapide peuvent s’effectuer assez rapidement avec des outils d’analyse automatique de fichier CAO. Par exemple, le système en ligne de Protolabs est capable d’analyser un fichier CAD, d’écrire son code de fabrication, et de fabriquer virtuellement la pièce en donnant aux ingénieurs de conception un retour pratiquement instantané sur la faisabilité et les coûts de production de leurs pièces. La procédure complète est entièrement numérique et peut se dérouler en quelques minutes.

Améliorer les revenus en arrivant plus vite sur le marché

Trouver l’approche la plus économique et la plus rapide pour arriver sur le marché une fois la conception validée permet naturellement d’accélérer les sources de revenus. La nature automatisée de la fabrication numérique, ou toute l’interface initiale d’analyse de conception, de devis et du travail de l’outillage, avec peu ou pas d’intervention humaine, offre une approche économique non seulement pour fabriquer les prototypes initiaux, mais aussi un outillage de transition capable de fournir des pièces de production en quelques jours. Ainsi, au lieu d’attendre qu’un outil de production onéreux soit en place – un processus qui peut prendre en général plusieurs mois – il est possible de mouler des pièces de qualité avec un outil de transition, ce qui fait passer les délais de fourniture de quelques mois à quelques jours. Le résultat est une arrivée accélérée sur le marché, et donc des revenus plus rapides. Afin de mettre en place une chaîne logistique compétitive, l’identification et l’élimination des activités n’apportant aucune valeur ajoutée, notamment l’attente de fabrication d’un outil de production, deviennent essentielles. Non content d’amener votre produit plus rapidement sur le marché, un outillage de transition peut également faire émerger des défauts éventuels du produit pouvant demander une modification avant un investissement dans un outil de production. Cela réduit encore les risques associés à une production en grande série.

Réduire les coûts de production avec la fabrication à la demande

Donner une certaine agilité à la chaîne logistique de production permet aux entreprises de répondre de manière appropriée et rapide à des demandes imprévues du marché. Selon la vice-présidente mondiale de la chaîne logistique de Johnson & Johnson, Kathy Wengel, les organisations doivent améliorer leur capacité à évoluer rapidement pour répondre aux évolutions des besoins et attentes du marché, en effectuant des sprints rapides pour obtenir des résultats à valeur ajoutée, plutôt qu’en engageant de grands projets à long terme.

 

Lorsque la demande pour un produit est difficile à prévoir, l’approvisionnement auprès de fournisseurs traditionnels présente des difficultés, car l’entreprise est incapable de transmettre une prévision précise en temps utile, et limite donc ainsi la capacité du fournisseur à fabriquer et livrer dans les délais. C’est alors des occasions perdues en raison de ruptures de stock ou des revenus retardés avec des commandes en instance. Pour atténuer ces conséquences, voire éliminer complètement le temps improductif associé aux délais prolongés de fournisseurs traditionnels, les entreprises soumises à une volatilité élevée du marché devraient considérer la fabrication de composants sur demande, et en quantités moins importantes. Cette stratégie leur permettra de répondre efficacement à la demande, et également de réduire les dépenses opérationnelles liées à la logistique et aux inventaires.

Incorporer la production sur demande dans la chaîne logistique de fabrication est également une stratégie efficace lorsque les volumes annuels sont relativement faibles. Fabriquer des composants en quantités moins importantes améliore l’efficacité de la chaîne logistique, en réduisant les délais et en atténuant les risques associés à des stocks endommagés ou à l’obsolescence des produits.

La numérisation des processus de fabrication rend viable une économie basée sur la production sur demande. On suffit de citer l’outillage aluminium d’un fournisseur de fabrication numérique, investissement beaucoup moins important que l’outillage acier d’un fournisseur traditionnel. Ainsi, même si le prix par pièce d’un moule aluminium peut s’avérer plus important, les bénéfices associés avec des frais d’outillage réduits, la suppression d’une quantité minimale à la commande et des délais plus rapides dépassent largement les rabais que les entreprises peuvent obtenir en achetant en plus grande quantité.

En outre, des bénéfices logistiques notoires peuvent être réalisés en achetant les pièces chez un fournisseur déployant un modèle de fabrication numérique. D’une part, la traçabilité numérique est immédiate, car tous les devis et commandes sont traités en temps réel sur Internet, en évitant les retards et les soucis associés avec des modèles d’acquisition traditionnels. D’autre part, la fabrication numérique demande un niveau élevé de standardisation des équipements et d’automatisation, afin que l’économie d’une production en petite série soit viable. Ceci offre à son tour une cohérence et une répétabilité de la production, à tout moment.

De nombreuses entreprises sont encore en train de chercher comment profiter des avantages que la fabrication numérique pourrait avoir sur leur écosystème de chaîne logistique. Celles qui l’ont déjà intégrée dans leurs projets de production au plus juste ont déjà constaté les bénéfices d’un modèle plus souple et plus économique de fabrication.